Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

économie

  • Et si l’État se substituait aux banques pour la distribution de crédits ?

    Pour mettre un terme à certains risques démesurés pris par les banques sur les marchés financiers, plusieurs responsables politiques ont préconisé la séparation entre les banques de dépôt et d'investissement. Cette mesure viserait à empêcher les banques de spéculer avec l'argent des épargnants au lieu de le faire avec leurs fonds propres. L'activité de banque de détail étant beaucoup moins rentable que celle des salles de trading, il est fort à parier qu'une telle proposition aurait pour conséquence la réduction drastique du volume des crédits, tant professionnels qu'à la consommation. Une telle situation pourrait conduire le pays dans une forte instabilité économique et priverait les entrepreneurs de financements nécessaires à leur développement, mais aussi les clients des grands fabricants français d'automobile. C'est pourquoi, l’État devrait être en mesure d'anticiper cette situation en se substituant temporairement aux banques pour la distribution des crédits. 

     

    etat

     

    Créer une banque publique dédiée au crédit aux entrepreneurs

     

    La création d'entreprise est le principal vecteur de richesse et d'emploi dans notre pays. Si certains parviennent à financer leur projet à l'aide d'investisseurs privés, ou par le biais de leur propre épargne, la grande majorité a besoin d'emprunter ce capital auprès d'une banque. Si l'argent ne circule plus entre les banques et les porteurs de projet, ou si les taux atteignent des niveaux inacceptables, le pays va assister à un important ralentissement économique qui ne profitera à personne (sans compter les entrepreneurs talentueux qui iront tenter leur chance à l'étranger). Si l’État ne peut pas contraindre une banque commerciale à prêter ou non aux emprunteurs (sauf en cas de nationalisation), elle peut néanmoins porter ses efforts sur la création d'une banque publique éphémère dont la mission serait de palier au manque de financements des banques en octroyant des crédits à leur place. Les prêts accordés ne devront pas dépasser un certain plafond et ne viseraient que les projets de 5.000 euros à 200.000 euros. Cette mesure pourrait se financer grâce à une décision politique (pendant le vote du Projet de loi de finances, par exemple) d'octroyer une part du Budget à la création de cette banque d'entrepreneurs. Autrement, l’État peut toujours engager un Grand Emprunt avec l'aide et la participation des contribuables Français qui en exprimeraient le désir. L'idée est de faire comprendre aux contribuables que cet argent va servir à financer des projets de l'économie réelle et donc donner la possibilité à ceux qui en ont toujours rêvé de devenir leur propre patron et d'embaucher.

    Ce projet de banque publique des entrepreneurs doit d'abord passer par une phase expérimentale au niveau local avant de pouvoir être déployé à plus grande échelle.

     

     

    Créer une plateforme publique de prêt à la consommation entre particuliers

     

    En cas de non-amélioration dans le système bancaire privé, il pourrait être judicieux de donner la possibilité aux emprunteurs de se mettre en relation avec des épargnants. L’État pourrait créer une plate-forme en ligne de prêt entre particuliers dédiée au crédit à la consommation. Ce site aurait toutes les caractéristiques de l'organisme classique (simulation, demande de crédit, assurances etc.), mais serait administré par une agence gouvernementale. Les taux seraient également contrôlés, ajustés et plafonnés. Ainsi, chaque personne recherchant un prêt personnel rapide pour l'achat d'une voiture ou pour la rénovation de sa maison pourrait se voir attribuer un crédit qui aura été souscrit auprès d'un investisseur particulier et anonyme. Pour l'investisseur, il s'agirait d'une parfaite opportunité de placement rémunéré (le taux d'intérêt de l'emprunteur correspondant au rendement de l'investisseur) et sans risques puisque les défauts de remboursement seraient couverts par une assurance de prêt souscrite par l'emprunteur. De son côté, l’État prélèverait des frais liés à l'utilisation du service afin de rémunérer les équipes travaillant sur la maintenance et le bon fonctionnement de la plate-forme.

    En cas de succès du programme, il serait également possible de l'étendre aux professionnels sur un modèle proche du crowdfunding. Les particuliers pourraient alors contribuer à l'aboutissement d'un réel projet d'entreprise en investissant une certaine somme d'argent sans toutefois détenir de participations dans la société.

    Pour inciter les épargnants à utiliser cette plate-forme, le gouvernement pourrait décider de défiscaliser les revenus tirés de ce placement. Ainsi, si un épargnant décidait de prêter 100,000 euros avec une rémunération annuelle de 4%, il bénéficierait d'un solide placement à la fois rémunérateur et garanti sur toute la durée de remboursement.

     

    Convaincre les assureurs privés

     

    Si ces mesures pour la relance du crédit sont réalisables d'un point de vue technique, le principal obstacle à surmonter serait celui des compagnies d'assurances. Si les assureurs devaient prendre en charge le risque de non-remboursement des mensualités, elles demanderaient certainement un droit de veto sur chaque dossier de prêt (et un dossier sans assurance de crédit serait immédiatement bloqué). Le gouvernement en charge de ce projet devrait donc négocier profondément avec les assureurs sur des quotas de souscriptions, quitte à concéder un certain nombre de ristournes fiscales en échange. Une piste de négociation serait de proposer aux prêteurs particuliers de faire basculer un certain nombre de leurs contrats d'assurance chez l'assureur qui couvre le crédit en contre-partie d'une acceptation de la demande. Dans ce système, beaucoup seraient gagnants :

    - l'entrepreneur se verrait attribuer un prêt pour son projet,

    - le particulier prêteur serait rémunéré et son capital garanti,

    - l’État contribuerait à la croissance du pays et pourrait espérer plus de rentrées fiscales,

    - les sociétés d'assurances seraient rémunérées par les entrepreneurs et gagneraient de nouveaux clients sur d'autres types de contrats,

    - le gouvernement aurait moins de chômeurs inscrits au Pôle Emploi à gérer

     

    Concernant les banques, elles resteraient indispensables pour un certain nombre d'opérations de crédit (notamment le crédit immobilier) et pourraient, à terme, retrouver de la confiance dans l'économie du pays. Le but n'étant pas de faire appel aux finances publiques pour les concurrencer, mais bel et bien pour prévenir un risque éventuel de blocage des financements d'entreprises en cas de séparation entre banques de dépôt et banques d'investissement.

     

    Sur le même sujet :

    Combien de temps avant d'assainir le marché du crédit ?

    Que faire si les banques décidaient de réduire la production de crédit ?

    Quelles solutions face à un blocage délibéré du crédit par le système bancaire ?